Convergence des
paiements, la nouvelle donne des télécoms
Comment proposer tous les services
à tous les utilisateurs quel que soit leur mode
de paiement ? Pour la plupart des opérateurs,
cette question est devenue décisive. L’enjeu
est de taille : il s’agit de lancer de nouvelles
offres de façon plus rapide et plus large sur
une base de clients unifiée, développer
fortement l’ARPU et augmenter la fidélisation.
La réponse passe par une refonte des systèmes
d’exploitation existants et par leur convergence
en une seule solution de « convergent online charging
».
Brian
Kassa, Senior Marketing Manager chez Nokia et
Fergus O’Reilly,
Vice Président Stratégie Produit chez
Highdeal nous précisent les avantages
de cette mutation pour les opérateurs comme pour
leurs clients, évaluent les implications sur
les opérations de valorisation et de facturation
et dressent le panorama des différents acteurs
en compétition pour gagner cette nouvelle bataille
de la convergence.
Transaction
Reporter : Quelles perspectives de marché
ouvre la convergence des modes de paiement ?
Fergus
O’Reilly : Aujourd’hui pour les opérateurs,
le mode de paiement de leurs clients en pré ou
post-payé est une donnée de base qui structure
leur activité. Ces deux systèmes de facturation
ont un impact en amont sur la nature de leurs offres
et leur ciblage de clientèle. Or, différencier
les utilisateurs en fonction de leur mode de paiement
n’a pas de sens en soi.
Brian
Kassa : Il n’est pas souhaitable que des
contraintes de traitement et des spécificités
techniques impactent le marketing. Les opérateurs
ressentent la frustration de ne pas pouvoir lancer de
nouvelles applications à grande échelle
à cause des limites des systèmes de facturation
actuels, notamment en pré-payé.
FOR
: D’autant que leurs bases de données clients
sont aujourd’hui suffisamment renseignées
pour permettre des segmentations plus appropriées
- les professionnels, les ados, les femmes actives,
les seniors - croisées avec des typologies d’usage
comme les « early birds » épris d’innovation
ou les néophytes cherchant la simplicité…
BK
: Il est capital de connaître ses clients, définir
les services qui pourraient les intéresser et
d’utiliser ces informations pour proposer une
offre qui réponde mieux à leurs attentes
quel que soit leur mode de paiement. De même,
n’interagir avec le client qu’en mode pré-payé
ou sur la base d’une facture mensuelle ne suffit
plus. Les bonus en ligne, les programmes de fidélité,
ainsi que les nouvelles méthodes d’interaction
en temps réel durant l’utilisation d’un
service contribueront fortement à fidéliser
les clients.
TR
: Pouvez-vous nous donner quelques exemples de nouvelles
offres et nous dire à qui elles s’adressent
?
FOR
: Cette convergence permet évidemment de mieux
toucher des cibles mixtes pouvant souscrire alternativement
en mode pré ou post-payé. C’est
notamment le cas des groupes d’utilisateurs. Les
opérateurs vont pouvoir par exemple raisonner
à l’échelle d’un foyer. Les
membres d’une même famille disposeront d’un
compte commun post-payé, sur lequel seront imputés
tous les appels voix dans le cadre d’un forfait,
type 1000 minutes par mois. A contrario l’opérateur
pourra tenir une gestion plus différenciée
pour les services data (connexions Internet, pay-per-view,
téléchargements, ring-tones, etc.), peut-être
avec une limite de consommation différente par
membre de la famille. Dès lors, différents
scénarios de valorisation seront possibles. Pour
n’en citer qu’un, la consommation des parents
pourra s’imputer sur le compte post-payé,
celle des enfants se débitant en mode pré-payé,
en fonction d’un budget défini.
BK
: Les comptes entreprises pourront eux aussi se gérer
selon des modalités similaires. Par exemple,
tous les appels voix d’un collaborateur seront
pris en charge par son employeur dans le créneau
des heures ouvrées, le reste des communications
restant à sa charge, en mode pré ou post-payé.
Il y aura ainsi un meilleur contrôle des dépenses,
lequel n’est possible que dans un mode de charging
unifié.
FOR
: Les opérateurs voient dans ces offres globales
et modulables une opportunité unique d’augmenter
leurs parts de marché, ainsi que leur ARPU. C’est
pourquoi, ils pressent leurs fournisseurs comme Nokia
ou Highdeal de mettre en œuvre les technologies
adéquates.
TR
: Ce charging convergent va apparemment permettre un
meilleur contrôle des dépenses ?
FOR
: Cela devient de plus en plus nécessaire, compte
tenu de l’évolution des télécoms.
Les consommateurs comme les opérateurs veulent
éviter les mauvaises surprises. Soit que des
clients s’interdisent spontanément de dépasser
certains seuils de consommation, soit que l’opérateur
souhaite limiter les litiges et les risques d’impayés.
C’est une démarche pertinente pour les
services data et surtout pour les connexions mobiles
à l’étranger, le roaming pouvant
parfois être très coûteux sans que
l’utilisateur en soit conscient sur le moment.
Les autorités de régulation nationales
sont d’ailleurs de plus en plus vigilantes sur
ce point. Parfois, elles demandent aux opérateurs
de permettre à leurs clients de spécifier
leurs propres limites, compte tenu de leur difficulté
croissante à évaluer les coûts d’une
offre de plus en plus riche et complexe.
Les limites de crédits devront donc pouvoir s’effectuer
également sur les comptes post-payés,
ce qui demande un monitoring comparable à ce
qui existe déjà en pré-payé.
Le marché va donc évoluer vers un nouveau
concept de « online charging » différent
du pré-payé puisqu’il englobe aussi
le post-payé avec contrôle de crédit.
BK
: Les opérateurs et leurs partenaires réseaux
seront alors confrontés à un niveau de
complexité bien supérieur en matière
de contrôle des comptes et des balances. Aujourd’hui,
dans le monde mobile, un client pré-payé
ne peut consommer qu’un seul service à
la fois : soit appel voix, soit envoi de sms, soit téléchargement
de données, mais jamais les trois à la
fois. Dans ces conditions, le calcul de la balance s’effectue
par type d’opération et de façon
séquentielle, ce qui est plus simple. Mais que
se passe-t-il quand les terminaux permettent des opérations
simultanées, par exemple visionner une vidéo,
tout en étant en communication téléphonique
avec un correspondant ? Dans ce cas, les deux services
vont se débiter sur la même balance augmentant
le risque de crédit négatif. L’opérateur
ne peut plus attendre la fin d’une opération
pour évaluer la position du crédit disponible.
FOR
: La même question se pose dans un contexte de
compte multi-utilisateurs, lorsque plusieurs collaborateurs
d’une entreprise ou membres d’une même
famille utilisent conjointement différents types
de service sur un compte commun. L’évolution
vers le « online charging » en temps réel
profitera à tous.
TR
: Et sur le plan technologique, les opérateurs
ont-ils des raisons particulières d’accélérer
la convergence des modes de paiement?
FOR
: Il y a à la clé des réductions
de coûts d’exploitation. Un opérateur
qui a une structure de clientèle mixte doit actuellement
développer et maintenir deux plateformes différentes
: l’une fonctionnant en temps réel pour
le pré-payé, l’autre en mode batch
pour le post-payé.
BK
: La complexité technologique et les coûts
de maintenance, la gestion clients, le développement
de nouvelles offres sur des plateformes différentes
ont conduit de nombreux opérateurs à se
tourner vers des solutions plus intégrées
et plus économiques.
TR
: Ces réductions de coût sont-elles suffisamment
significatives pour permettre le développement
d’un nouveau système ?
BK
: Oui, dans la mesure où pour certains opérateurs
les systèmes actuels cumulent plusieurs générations
de technologies et arrivent en fin de vie. Ils doivent
de toutes façons être réactualisés
: dès lors la migration vers un système
convergent paraît souvent être la meilleure
option.
TR
: Quels sont les marchés les plus « mûrs
» pour évoluer vers des systèmes
convergents ?
FOR
: Dans toutes les régions où les opérateurs
connaissent déjà un développement
important du pré-payé : l’Afrique,
l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe.
Les opérateurs centrés sur le post-payé,
notamment aux États-Unis seront dans un premier
temps moins impactés.
TR
: Quels sont les acteurs en présence capable
de mettre en œuvre ce nouveau système de
charging convergents ?
FOR
: Schématiquement, à l’heure actuelle
les systèmes post-payés sont fournis par
les éditeurs de solutions de facturation et les
systèmes pré-payés par les équipementiers
réseau. Évidemment chaque camp va pousser
son avantage lorsqu’il va s’agir de proposer
un seul et même système pour unifier les
deux mondes.
TR
: Qui vous paraît le mieux placé ?
FOR
: Les équipementiers réseaux paraissent
avoir un temps d’avance car ils ont déjà
développé une forte culture de la gestion
des transactions en temps réel, leurs concurrents
côté facturation travaillant sur des cycles
de traitement plus longs, calés sur la périodicité
de facturation du post-payé. Or, les opérateurs
vont demander au Online charging d’être
disponible et actif à 99,999% du temps. En clair
: cela suppose une tolérance de dysfonctionnement
de seulement cinq minutes par an. Derrière cette
performance, il y a la mise en œuvre d’architectures
logicielles et d’infrastructures sécurisées
que maîtrisent les équipementiers réseaux.
BK
: Pour satisfaire les demandes futures, les systèmes
de charging, de tarification, et le contrôle des
services devront s’effectuer en ligne. Cela suppose
une fluidité totale entre le réseau, les
systèmes de valorisation et de facturation qui
doivent être interrogés et répondre
dans un délai de latence inférieur à
200 millisecondes. Ce qui est possible dans ce domaine
pour les équipementiers réseaux représente
un gros challenge pour les éditeurs de solutions
de facturation.
FOR
: Les équipementiers réseau, par contre
entendent fournir les infrastructures nécessaires,
mais aussi assurer la valorisation, la tarification
et la gestion des catalogues produits, ainsi que le
gestion des comptes : autant de prestations qui pourraient
échapper aux acteurs de la facturation classique
qui les traitaient jusqu’à présent
en mode post-payé.
BK
: La fonction facturation pourrait à terme se
limiter à la réception des tickets valorisés,
au formatage, à la production et à l’envoi
des factures. Or ces prestations peuvent être
déléguées à d’autres
acteurs que les éditeurs de solutions de facturation,
en l’occurrence les éditeurs du type SAP
ou Oracle, en complément de leurs prestations
de CRM. C’est ce qu’ils font déjà
pour les fournisseurs d’énergie.
FOR
: Ces nouveaux acteurs potentiels n’attendent
que cette opportunité pour entrer dans le marché
des télécommunications qui leur était
jusqu’à présent fermé.
TR
: Comment se situe Highdeal dans cette nouvelle donne
?
BK
: Highdeal n’est pas en concurrence frontale avec
les acteurs évoqués précédemment.
Il constitue un partenaire stratégique aux trois
niveaux que sont le réseau, la médiation
et le système de facturation. Ses fonctionnalités
en termes de valorisation, de gestion des balances et
des comptes partagés sont performantes et faciles
à implémenter dans tous les cas de figures.

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