Les
opérateurs face à la 3G :
chefs d’orchestre ou simples solistes ?
Le marché de la 3 G est
en effervescence, même s’il ne donne pas
encore aujourd’hui les signes d’un franc
décollage. Certes, on comptait 46,4 millions
d’abonnés dans le monde en mai 2003, mais
cette fois, c’est la forêt qui ne doit pas
cacher l’arbre, en l’occurrence le Japon
qui pèse pour plus de 80 % dans ce résultat.
Il n’en reste pas moins vrai que les opérateurs
européens doivent avancer à marche forcée.
D’une part le passage à la 3G constitue
le seul relais de croissance de la télécommunication
mobile et l’unique moyen de doper un ARPU qui
se stabilise en moyenne autour des 32 Euros. D’autre
part, les opérateurs doivent tout mettre en œuvre
pour capitaliser et rentabiliser les investissements
considérables qu’ils ont consentis pour
acquérir leur licence pour exploiter la norme
UMTS. Dans un tel contexte, quels sont les facteurs-clés
de succès pour les opérateurs ? Comment
vont se redéfinir leurs relations avec les fournisseurs
de contenus, comment devront évoluer leurs systèmes
d’information pour mettre en œuvre les nouveaux
éléments de leur chaîne de facturation
?
François Rabasse, Directeur Adjoint de la Division
Telecom de Sopra Group et Fergus O’Reilly, Directeur
Marketing Produit de Highdeal échangent à
bâtons rompus sur ces quelques thèmes brûlants…
Transaction
Reporter : En quoi le marché de la 3G est-il
particulièrement épineux pour les opérateurs
?
François
Rabasse : Tout d’abord, il s’agit
d’un marché d’offre. Personne ne
sait quel est le service qui va vraiment marcher. Il
faut prendre des risques, en termes de technologies
et de marketing, tout en sachant que, compte-tenu de
la pression concurrentielle, chacun est condamné
à innover.
Fergus
O’Reilly : Le marché des services
multimédia mobiles paraît très prometteur
en Europe grâce à sa maturité et
au choix d’une norme unique pour la 3G. Cependant
les nouvelles applications liées au multimédia
peinent à trouver leur public. 90 % des revenus
dans les services de données mobiles sont encore
dégagés par les services classiques de
SMS et des analystes estiment que le messaging représentera
toujours 75 % des revenus en 2007.
François
Rabasse : Un deuxième écueil est
l’effet « d’entonnoir technologique
». Dans le succès d’un nouveau service,
le « Time To Market » est essentiel, or
le système d’information est souvent sur
le chemin critique du lancement. D’autre part,
pour industrialiser une application, un opérateur
doit en étudier plus d’une dizaine, en
développer cinq et en pousser trois en phase
pilote. L’investissement est énorme et
en cas de succès, les concurrents peuvent reprendre
l’offre en quelques mois et faire l’économie
de ces phases amont.

TR
: On annonce avec le multimédia mobile une recomposition
du paysage concurrentiel et des relations entre les
différents intervenants de l’offre. Qu’en
pensez-vous ?
Fergus
O’Reilly : Les services multimédia
mobiles agrègent différentes prestations
qui ne dépendent pas du seul opérateur
: la chaîne de valeur est plus complexe et la
tarification de même. Le schéma élémentaire
d’un coût à l’unité
est complètement remis en question quand il s’agit
de facturer un message qui associe le texte, l’image,
la vidéo, la musique. D’autres modes apparaissent
qui tiennent compte par exemple du poids des données
transmises ou encore de la valeur du message, en fonction
de son urgence ou de son caractère exclusif.
François
Rabasse : Effectivement, dans ce cadre, l’opérateur
va devoir partager le revenu de chaque transaction avec
un nombre important de partenaires. C’était
déjà le cas avec d’autres opérateurs
dans le cadre du roaming pour les interconnexions internationales
ou avec des réseaux locaux publics pour les connexions
en Wi-Fi. La 3G ajoute un niveau de complexité
supplémentaire en intégrant de multiples
fournisseurs de contenu dans la chaîne de valeur.
Pour cela, l’opérateur doit doter son système
d’information d’un outil de PRM : le Partner
Relationship Management, qui doit être pensé
comme un véritable système d’information
spécialisé et non pas une « excroissance
» du système déjà en place
(le « Legacy System »).
TR
: Avec l’essor du Multimédia Mobile, les
fournisseurs de contenu vont donc voir accroître
leur rôle et leur importance…
François
Rabasse : C’est vrai, les rapports de force
se rééquilibrent. Les opérateurs
savent que l’attractivité des nouvelles
applications dépendra de la qualité ou
de l’exclusivité du contenu transmis.
Fergus
O’Reilly : Il y a une « tension créative
» qui conduit les opérateurs à proposer
des conditions de partenariat particulières et
attractives à des grands fournisseurs de contenu,
comme les major companies, les chaînes de télévision,
etc. L’enjeu étant de garder le contrôle
de la facturation vers le client final.
François
Rabasse : D’autant qu’il existe aujourd’hui
des alternatives au paiement sur la facture télécoms…
Fergus
O’Reilly : En effet. Les opérateurs
télécoms restent légitimes sur
les micro-paiements, par exemple pour un service d’information
météo ponctuel. Mais d’une part,
ils ne sont pas les seuls : des groupements de type
Visa peuvent mettre à disposition des fournisseurs
de contenu des solutions de type porte-monnaie électronique.
Quant aux paiements plus importants, pour télécharger
par exemple un clip ou un morceau de musique, les transactions
peuvent s’effectuer en ligne, directement sur
les sites concernés, ou par un tiers. L’enjeu
des opérateurs est de rester légitimes
et performants dans leur rôle de chef d’orchestre.
Sans quoi, ils pourraient en être réduits
qu’à facturer de la bande passante.

TR
: Quelles infrastructures doivent-ils mettre en place
pour contrôler la facturation des services 3G
à leurs clients?
François
Rabasse : Ils doivent disposer d’un système
d’information capable d’analyser toutes
les transactions et de les valoriser et ce, de façon
extrêmement réactive. Non seulement pour
évaluer presque en temps réel la profitabilité
d’une nouvelle application, mais aussi pour différencier
le contenant du contenu, être en mesure de se
commissionner sur les transactions, de présenter
à leurs partenaires des états de trafic
régulier, et procéder enfin à une
distribution précise des revenus. Au regard des
enjeux de business, les contraintes techniques se recentrent
autour de trois problématiques : la gestion en
temps réel d’informations en provenance
de nombreux équipements et plates-formes, la
corrélation d’identifiants statiques et
dynamiques et la gestion de très forts volumes
de transactions.
Fergus
O’Reilly : Ils doivent ouvrir leurs systèmes
aux éléments d’une nouvelle chaîne
de facturation, sans pour autant remettre en cause leurs
choix techniques antérieurs. Le logiciel de Highdeal
répond parfaitement à cette problématique.
TR
: Vos deux sociétés ont récemment
noué un partenariat autour d’une initiative
baptisée « Lab 3G». De quoi s’agit-il
et quelle en est la finalité ?
François
Rabasse : Le Lab 3G de Sopra Group est une vitrine
de nos savoir-faire techniques et métiers. Nous
l’ouvrons à nos clients opérateurs
mobiles, grands fournisseurs d’accès ou
de contenu pour partager nos expertises et réflexions.
Nous pouvons procéder à l’expérimentation
des solutions 3G, évaluer les meilleurs progiciels
du moment, avancer dans la pré-intégration
de systèmes complexes, et travailler sur des
prototypes ou des maquettes personnalisées dans
le cadre de Proof of Concept.
Fergus
O’Reilly : Nous avons ainsi pu représenter
une chaîne de revenus complexe qui préfigure
les systèmes de demain. Différents modèles
d’usage des services ont été définis
et intégrés pour illustrer des scénarios
de facturation différenciée et de reversements
complexes. L’intégration d’Highdeal
Transactive au démonstrateur 3G de Sopra permet
de mettre en perspectives des fonctionnalités
PRM de facturation des services telles que les imaginent
les acteurs aujourd’hui les plus avancés.
NB : Venez assister à une démonstration
de la solution co-développée par Sopra
et Highdeal dans les locaux de Sopra Group situés
dans la Grande Arche de La Défense le 21 Novembre
à 11h précises. Cette démonstration
sera suivi d'un cocktail

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