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Qui survivra à la guerre des multi-services ?
Le développement
du haut débit conduit les opérateurs à
étoffer leur offre en faisant converger voix
et données, téléphonies fixe et
mobile, services de contenu et Internet. Aujourd’hui
le rythme s’accélère : après
le double-play, le triple-play, chacun planche à
présent sur une offre multi-services, multi-canaux.
Benoît Felten, Senior Manager chez Arcome et Isabelle
Roussin, EVP Marketing de Highdeal nous expliquent pourquoi
les opérateurs rivalisent pour innover toujours
plus, toujours plus vite, sous peine de voir s’éroder
leur ARPU. Ils évaluent leurs atouts respectifs
et précisent les facteurs-clés de succès
dans une compétition qui s’annonce acharnée.
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Benoît
Felten,
Senior
Manager,
Arcome |
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Isabelle
Roussin,
EVP Marketing,
Highdeal |
Transaction
Reporter : Tout d’abord, que recouvre
pour vous l’appellation de multi-services ?
Isabelle
Roussin : l’augmentation des capacités
de connexions en haut-débit et la convergence
des réseaux rendent aujourd’hui un opérateur
à même de commercialiser une profusion
de services sur IP, en émulant tous les moyens
de communication existants : téléphone
fixe, mobile, PC, portables, organizer,…
Benoît
Felten : on peut regrouper cette offre multi-services
en 5 familles:
- La communication interpersonnelle
: voix, e-mail, partage de données, de photos,
de musiques…
- La télévision
sur IP, via une connexion ADSL avec des fonctionnalités
de type programmations personnalisées ou magnétoscope
virtuel.
- Les loisirs : vidéo
et jeux de consoles à la demande.
- La domotique comprenant vidéo-surveillance
et contrôle à distance des accès
et des équipements.
- Le commerce en ligne via des
émissions de télé-achat, ou des
publicités interactives qui renvoient vers
des sites marchands sur le web.
Isabelle
Roussin : ajoutons qu’un tel potentiel
d’offres et la combinaison de services aussi nombreux
et variés nécessitent d’être
packagés. Cela ouvre de belles perspectives marketing,
s’appuyant sur des segmentations fines de clientèles.
Les offres multi-services qui vont arriver sur le marché
proposeront des bouquets de services adaptés
en fonction de critères d’âges, de
styles de vie, de situation familiale, de consommation
ou encore de revenus par foyer. Imaginez par exemple
un pack multi-services « senior » incluant
les forfaits téléphonie mobile, voix sur
IP, Internet, mais aussi des bouquets de chaînes
TV spécialisées et des programmations
d’universités senior, des services d’alerte
couplés à des services de présence
en cas d’ insuffisance cardiaque ou de déshydratation,
des lotos en ligne, etc…

TR
: Quels sont les enjeux pour les opérateurs
de ces nouveaux services?
BF
: le marché des télécommunications
a toujours été un marché de l’offre
: qui pouvait imaginer, il y a seulement 10 ans que
le taux d’équipement de mobiles dépasserait
les 80% en France et dépasserait les 100% en
Suède ? Certainement pas les utilisateurs! L'arrivée
du haut débit incite les opérateurs à
stimuler le marché encore davantage. Les capacités
de transmission doublent tous les 18 mois et sont 20
ou 30 fois supérieures à ce qui est nécessaire.
Mais le client n’est prêt à payer
pour tout cela que s’il en perçoit clairement
l’usage.
IR
: les offres issues du haut débit ont déclenché
une guerre des prix, bouleversant les modèles
traditionnels comme la tarification à l’usage,
au profit du forfait, et menaçant dangereusement
les sources historiques de revenus, notamment les services
voix, avec les offres de communication illimitée
en voix sur IP. Ces grandes manœuvres obligent
à présent tous les opérateurs à
chercher de nouveaux services et de nouvelles sources
de revenus sous peine de voir chuter leur ARPU, une
perspective d’autant moins acceptable qu’ils
doivent rentabiliser les investissements colossaux qu’ils
ont consenti pour faire évoluer leurs systèmes,
leurs réseaux et acquérir les licences
pour les nouvelles normes UMTS.
BF
: il est donc plus crucial que jamais pour eux de proposer
de nouvelles offres attractives et différenciantes.
Il s’agit de faire dépenser à leurs
clients l’argent que ces derniers ne sont plus
prêts à payer pour les services actuels,
de plus en plus perçus comme des commodités.
Et ceci, très vite et à très grande
échelle car avec des services classiques dont
les prix sont au plus bas et de nouveaux services qui
coûtent cher à développer, il faut
se rattraper coûte que coûte sur les volumes.
TR
:
Peut-on évaluer le potentiel de ce nouveau marché
?
BF
: c’est une tâche difficile parce que la
plupart des services sont en gestation et leur pénétration
est encore faible. Il y a par ailleurs trop d’acteurs,
de métiers et de modèles différents
pour pouvoir agréger les revenus potentiels de
façon cohérente. La seule approche qui
ait un sens consiste à additionner les dépenses
par foyer sur les différents postes : TV, téléphonies
fixe et mobile, Internet haut-débit, domotique,
etc.
IR
: selon une étude d’Infonetics le marché
des serveurs d’applications voix, qui a augmenté
de 223% en 2004, pourrait générer un chiffre
d’affaires de 474 millions de dollars en 2008.
BF
: mais encore une fois, c’est moins l’appât
d’une hypothétique « manne »
qui anime les opérateurs dans cette course aux
multi-services que le souci réel d’enrayer
l’érosion de leurs revenus et de fidéliser
leur clientèle.
IR
: ce dernier point est très important : il a
été prouvé que les offres «
triple-play », tout en améliorant la connaissance
du client, réduisaient de moitié le taux
de résiliation (churn) chez les câblo-opérateurs
américains.
TR
: Comment
peut-on positionner les différents acteurs et
comment abordent-ils ce marché ?
BF
: les forces en présence sont connues : les opérateurs
historiques qui viennent du filaire, les câblo-opérateurs,
les fournisseurs d’accès Internet, et les
opérateurs mobiles. Tous sont légitimes
sur le marché des multi-services et cherchent
à saisir cette opportunité d’élargir
leur spectre et de prendre un ascendant sur leurs concurrents
directs ou indirects. De plus des acteurs venant de
la couche applicative comme Google ou Yahoo ont montré
des velléités à se positionner
sur ce marché.
IR
: il faut compter aussi avec les médias : Virgin
Mobile, Universal Music, ESPN aux USA, lesquels ont
prouvé que l’on pouvait être MVNO
et rentable. Sur ce modèle, M6 ou NRJ en France
commencent à proposer des services mobiles pour
diffuser leurs contenus. Tous ces nouveaux entrants
ont un avantage marketing considérable car ils
connaissent parfaitement leur audience.

BF
: les opérateurs historiques sont les plus menacés
et donc les plus déterminés à lancer
de nouveaux services. Leur modèle classique :
« tout le monde téléphone et chaque
minute me rapporte de l’argent » est en
train de disparaître. Mais ils ont pour eux un
contrôle du réseau des abonnés avec
une structure de coût extrêmement efficace,
un très fort relationnel client et une maîtrise
de la relation : en France, hors dégroupage total,
tout le monde reçoit encore une facture France
Telecom. Enfin, ils disposent de ressources financières
leur permettant de faire un vrai travail de prospective
ce qui n’est pas à la portée de
leurs concurrents, plus tendus sur des objectifs court
terme. En revanche, ils sont freinés dans l’implémentation
des nouvelles offres par leurs structures lourdes d’une
part, et par les régulations imposées
par leur position dominante d’autre part.
Les câblo-opérateurs
ont des positions très contrastées selon
les pays. Pour la France, la situation est difficile
: une technologie insuffisamment développée,
une rentabilité toujours en défaut et
un marché de la diffusion télévisuelle
attaqué de toutes parts par les autres opérateurs:
bref, ce sera dur. La situation est plus ouverte en
Angleterre avec des entreprises plus installées
qui contrôlent 40 % de leur marché, disposent
de capacités de financement importantes et qui
se sont très vite diversifiées sur les
services télécoms.
Les FAI, sont très bien
placés et n’ont rien à perdre puisque
la ressource qui sert à développer le
marché des multi-services, à savoir l’Internet
haut-débit, est à la base de leur métier.
Ils saisissent donc une opportunité de plus d’y
adjoindre de nouveaux services, ce qu’ils ont
toujours fait. Ils n’ont pas à changer
leur modèle, juste à compléter
leurs revenus. En point négatif, ils n’ont
pas la culture du service voix et sont peu nombreux
à disposer des capacités de financement
suffisantes pour supporter sur le long terme les coûts
de développement important que suppose l’offre
multi-services.
Les opérateurs mobiles
deviennent redoutables. La convergence fixe-mobile les
rend en effet particulièrement crédibles
dans la mesure où celle-ci n’est plus aujourd’hui
un simple concept technologique, mais une réalité
de marché (voir Blue Phone en Angleterre par
exemple).
Ils ont des atouts importants : leur marché est
déjà consolidé, souvent de manière
internationale et ils maîtrisent leur base de
clientèle, disposant ainsi d’une puissante
force de frappe. Ils restent cependant très dépendants
des revenus de la voix et peuvent donc être menacés
au même titre que les opérateurs fixes
par l’arrivée de modèles VOIP non
contrôlés (Skype etc.)
TR
: Quels
vont être selon vous les facteurs-clés
de succès dans cette conquête du marché
des multi-services ?
BF
: l’anticipation est primordiale. Les opérateurs
qui refusent de voir la remise en cause de leur business
model initial seront en retard de phase. Pour survivre
ils doivent réussir à valoriser rapidement
les services autres que la voix auprès de leur
base de clients.
IR
: en conjuguant la chute des prix des services «
classiques » avec l’augmentation des coûts
liée au développement des nouveaux services,
tous les opérateurs sont confrontés à
un problème de rentabilité. L’architecture
IMS représente une réponse technologique
pour réduire les coûts. C’est un
des moyens, mais ils ne pourront pas tous l’adapter
du fait du capex induit.
A la clé, des coûts
réduits de 60 % pour le développement
de chaque nouvelle application (cf.
Transaction Reporter n°10). Une autre option
est marketing : ils doivent être les premiers
à packager des offres très ciblées
et à les mettre en marché après
s’être assuré que ces offres soient
profitables. Compte tenu de l’abondance des services
et de la complexité des segments de clientèles
visés, il leur faut pour cela faire de nombreux
tests préalables et être le plus réactif
dans la mise en œuvre des solutions retenues. Pour
cela, la suite Highdeal Transactive® de tarification
et facturation est l’outil idéal. Concue
de manière modulaire pour traiter du rating seul,
du light billing jusqu’à la facturation
et le recouvrement, la suite est immédiatement
compatible avec une architecture IMS et s’intègre
en add-on aux systèmes existants. Elle permet
en amont d’effectuer toutes les simulations souhaitables
sur un très grand nombre de critères,
et en aval de pouvoir facturer de très gros volumes
de transactions en valorisant tous les niveaux de services
mixant voix, images, vidéo, en pré ou
post-payé… Highdeal simplifie également
la gestion des reversements sur l’ensemble complexe
de la chaîne de valeur : opérateurs fixes,
mobiles, FAI, fournisseurs de services Internet, médias
et fournisseurs de contenu…

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