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  Newsletters - N° 5 - Septembre 2003
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Les nouveaux opérateurs Voix sur IP en quête de flexibilité pour leur facturation.

Les analystes les plus conservateurs s’accordent à reconnaître que dans les 10 ans qui viennent toutes les communications téléphoniques s’effectueront en mode IP. Elles fusionneront ainsi avec les autres transferts de données en mode « Triple Play » : internet, télévision, téléphonie. Où en est-on de cette révolution annoncée ? Comment va se recomposer le marché à partir de cette nouvelle donne ? Quelle sera la part des opérateurs émergents ? Quelle sera l’incidence de cette mutation sur leur système de facturation ? Pour répondre à toutes ces questions, Transactive Reporter a interrogé Olivier Hersent, pionnier français de l’industrie Voix sur IP.

Olivier Hersent Olivier Hersent est le président fondateur de NetCentrex, fournisseur de solutions pour les opérateurs de télécommunications. Initiateur des architectures Voix sur IP au centre de recherche et développement de France Telecom (CNET) dès 1997, ce polytechnicien pressé et visionnaire a choisi une technologie qui lui ressemble puisqu’elle s’impose à grande vitesse comme le nouveau standard de la téléphonie.

Transaction Reporter : Olivier Hersent, qu’est-ce qui est en train de changer dans le paysage de la téléphonie en Europe ?

Olivier Hersent : La libéralisation progressive des marchés a d’abord créé un premier niveau de concurrence entre les anciens monopoles nationaux et une poignée de challengers deux à trois fois moins gros qu’eux. Somme toute, à cette étape, les technologies et les services restaient comparables. Le marché entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de bouleversements beaucoup plus renversants. En France, les nouveaux entrants vont se compter par dizaines. Particulièrement agressifs, ils opèrent avec les nouvelles technologies Voix sur IP et projettent une offre de services de type « Triple Play ». Ils visent souvent un marché plus ciblé géographiquement, ce sont par exemple les « city-nets », opérateurs locaux opérant sur des agglomérations comme celles de Pau ou Amiens, et beaucoup plus petits que les opérateurs nationaux comme Cegetel. De son côté, l’utilisateur attend de cette nouvelle offre des tarifs attractifs et plus de services.

TR : Les investissements en matière d’infrastructure sont gigantesques. Comment de petits opérateurs parviennent-ils à tirer leur épingle du jeu ?

OH : Effectivement, déployer un service résidentiel opérationnel qui couvre une agglomération coûte de l’ordre de 2 millions d’euros au minimum. Les petits opérateurs n’ont pas tous la taille critique pour réaliser de tels investissements. D’où un retour des ASP (Application Service Provider) qui avaient disparu avec l’implosion de la bulle Internet. Pour une base de clientèle de moins de 20 000 abonnés, il n’est pas raisonnable d’acheter une plate-forme de communication sans être capable de l’amortir en la revendant à d’autres opérateurs qui eux-mêmes, pourront la revendre à leur tour à leur propre clientèle. Tout cela suppose de pouvoir acheter des équipements et des systèmes de facturation segmentables et standardisés.

TR : Mais comment des opérateurs peuvent-ils être à la fois concurrents et clients réciproques ?

OH : Dans cette nouvelle configuration de marché, deux city-nets qui opèrent localement ne sont pas concurrents. Ils seront donc tout à fait disposés à partager leurs équipements. NetCentrex a initié le mouvement avec l’opérateur norvégien Lyse Energi qui a pu revendre sa solution à d’autres opérateurs nordiques.

TR : Pourquoi la technologie Voix sur IP permet-elle une telle mise en commun ?

OH : Cette technologie facilite énormément les choses puisque l’ensemble des services de commutation d’appel est indépendant de la géographie et peut être installé n’importe où. Plus besoin de multiplier les plates-formes pour bien couvrir un territoire.

TR : Comment est-ce techniquement possible ?

OH : Les nouveaux commutateurs ne routent que la signalisation d’appel. La voix quant à elle passe via Internet ou le réseau IP. Ces commutateurs peuvent donc servir une zone très éloignée, sans déperdition de qualité de voix. À titre d’exemple, Equant, grâce à cette technologie a pu ainsi réduire le nombre de ses plates-formes supportant le service de réseau privé virtuel voix de plusieurs centaines à 2 seulement: une à Paris, une à New York. Les coûts opérationnels liés à ces plates-formes sont ainsi divisés par 100. Vous comprenez mieux l’engouement des nouveaux opérateurs pour la Voix sur IP.

TR : Quand plusieurs opérateurs partagent la même plate-forme en ASP, il faut que celle-ci ait été développée de façon particulière. Qu’en est-il du système de tarification et de facturation associé ?

OH : Il doit être particulièrement flexible en effet. En recevant des rapports d’utilisation d’une seule source, ce système de billing doit être capable d’envoyer tous les tickets de transactions vers les différents opérateurs exploitants, lesquels auront des clients, des services et des modes de tarification différents. Pour ce type de déploiement particulier, la solution Highdeal s’avère la plus souple, la plus ouverte et la plus économique à mettre en œuvre.

TR : Mais les opérateurs ont déjà leur système de facturation. Peuvent-ils y greffer la solution Highdeal pour le développement de nouveaux services ?

OH : C’est possible et ils y ont intérêt. Dans la mesure où une page web peut agréger plusieurs factures en une seule en toute transparence pour l’utilisateur, de plus en plus d’opérateurs seront tentés par l’équation 1 service = 1 système de facturation. Prolonger la vie des gros monstres propriétaires, et développés en interne à partir des systèmes de billing classiques devient de plus en plus prohibitif. Ce qui était encore possible dans un cadre concurrentiel restreint, ne l’est plus dans le contexte actuel. Dépenser en billing plus de 10 Euros par utilisateur pour un nouveau service, cela devient inacceptable. À l’inverse, les systèmes de billing verticaux, packagés pour un segment particulier, le prépayé par exemple, ne parviendront pas à constituer une alternative. Même s’ils sont économiquement compétitifs, ils ne parviendront pas à être partageables entre des opérateurs ayant des approches différentes de leurs services.

TR : Comment s’effectue la mise en œuvre de la solution Highdeal dans le cadre de ces systèmes partagés multi-opérateurs?

OH : L’opérateur qui a acheté sa plate-forme va créer une offre d’exploitation du service à ses clients. Il facture aux city-nets de Lyon, de Paris ou de Marseille un certain nombre de fractions d’utilisation du softswitch à la minute. Chaque city-net client va ajouter ce montant d’une part à l’abonnement à son réseau privé virtuel et d’autre part au prix de l’appel lui-même qu’il a défini avec ses clients.

TR : Quelles sont les perspectives de développement pour ce marché Voix sur IP ?

OH : La phase d’expansion est déjà lancée à l’échelle de l’Europe qui constitue le plus fort potentiel de développement. En France, les derniers verrous qui portaient sur la dérégulation des boucles locales sont en train de sauter, comme cela s’est déjà produit en Italie et en Espagne. L’ART a fait baisser les tarifs de dégroupage niveau cuivre, tandis qu’en parallèle se poursuit un important mouvement législatif pour autoriser les collectivités locales à opérer sur leur propre réseau. Du reste, ces dernières ont déjà trouvé les contournements nécessaires pour engager leurs projets.

TR : Quelle sera la part des nouveaux opérateurs sur ce marché ?

OH : Nous estimons qu’il y aura jusqu’à 50 city-nets par pays. Ce qui pourrait générer une dizaine de plates-formes partagées en mode ASP. Quant à leur poids sur le marché, sans avoir de données chiffrées, la virulence dont ils font preuve à l’heure actuelle laisse présager qu’il sera important. Il faut savoir qu’un opérateur comme Fastweb en Italie à pris près de 250.000 clients à Télécom Italia en un peu plus d’un an, et prend actuellement 1000 nouveaux abonnées par jour, attirés par son offre « Triple Play » encore sans équivalent en Italie.

   
 
 
 

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