Les
nouveaux opérateurs Voix sur IP en quête
de flexibilité pour leur facturation.
Les analystes les plus conservateurs
s’accordent à reconnaître que dans
les 10 ans qui viennent toutes les communications téléphoniques
s’effectueront en mode IP. Elles fusionneront
ainsi avec les autres transferts de données en
mode « Triple Play » : internet, télévision,
téléphonie. Où en est-on de cette
révolution annoncée ? Comment va se recomposer
le marché à partir de cette nouvelle donne
? Quelle sera la part des opérateurs émergents
? Quelle sera l’incidence de cette mutation sur
leur système de facturation ? Pour répondre
à toutes ces questions, Transactive Reporter
a interrogé Olivier Hersent, pionnier français
de l’industrie Voix sur IP.
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Olivier Hersent
est le président fondateur de NetCentrex,
fournisseur de solutions pour les opérateurs
de télécommunications. Initiateur
des architectures Voix sur IP au centre de recherche
et développement de France Telecom (CNET)
dès 1997, ce polytechnicien pressé
et visionnaire a choisi une technologie qui lui
ressemble puisqu’elle s’impose à
grande vitesse comme le nouveau standard de la
téléphonie. |
Transaction
Reporter : Olivier Hersent, qu’est-ce qui est
en train de changer dans le paysage de la téléphonie
en Europe ?
Olivier Hersent : La
libéralisation progressive des marchés
a d’abord créé un premier niveau
de concurrence entre les anciens monopoles nationaux
et une poignée de challengers deux à trois
fois moins gros qu’eux. Somme toute, à
cette étape, les technologies et les services
restaient comparables. Le marché entre aujourd’hui
dans une nouvelle phase de bouleversements beaucoup
plus renversants. En France, les nouveaux entrants vont
se compter par dizaines. Particulièrement agressifs,
ils opèrent avec les nouvelles technologies Voix
sur IP et projettent une offre de services de type «
Triple Play ». Ils visent souvent un marché
plus ciblé géographiquement, ce sont par
exemple les « city-nets », opérateurs
locaux opérant sur des agglomérations
comme celles de Pau ou Amiens, et beaucoup plus petits
que les opérateurs nationaux comme Cegetel. De
son côté, l’utilisateur attend de
cette nouvelle offre des tarifs attractifs et plus de
services.
TR
: Les investissements en matière d’infrastructure
sont gigantesques. Comment de petits opérateurs
parviennent-ils à tirer leur épingle du
jeu ?
OH : Effectivement,
déployer un service résidentiel opérationnel
qui couvre une agglomération coûte de l’ordre
de 2 millions d’euros au minimum. Les petits opérateurs
n’ont pas tous la taille critique pour réaliser
de tels investissements. D’où un retour
des ASP (Application Service Provider) qui avaient disparu
avec l’implosion de la bulle Internet. Pour une
base de clientèle de moins de 20 000 abonnés,
il n’est pas raisonnable d’acheter une plate-forme
de communication sans être capable de l’amortir
en la revendant à d’autres opérateurs
qui eux-mêmes, pourront la revendre à leur
tour à leur propre clientèle. Tout cela
suppose de pouvoir acheter des équipements et
des systèmes de facturation segmentables et standardisés.
TR
: Mais comment des opérateurs peuvent-ils être
à la fois concurrents et clients réciproques
?
OH : Dans
cette nouvelle configuration de marché, deux
city-nets qui opèrent localement ne sont pas
concurrents. Ils seront donc tout à fait disposés
à partager leurs équipements. NetCentrex
a initié le mouvement avec l’opérateur
norvégien Lyse Energi qui a pu revendre sa solution
à d’autres opérateurs nordiques.

TR
: Pourquoi la technologie Voix sur IP permet-elle une
telle mise en commun ?
OH : Cette
technologie facilite énormément les choses
puisque l’ensemble des services de commutation
d’appel est indépendant de la géographie
et peut être installé n’importe où.
Plus besoin de multiplier les plates-formes pour bien
couvrir un territoire.
TR
: Comment est-ce techniquement possible ?
OH : Les
nouveaux commutateurs ne routent que la signalisation
d’appel. La voix quant à elle passe via
Internet ou le réseau IP. Ces commutateurs peuvent
donc servir une zone très éloignée,
sans déperdition de qualité de voix. À
titre d’exemple, Equant, grâce à
cette technologie a pu ainsi réduire le nombre
de ses plates-formes supportant le service de réseau
privé virtuel voix de plusieurs centaines à
2 seulement: une à Paris, une à New York.
Les coûts opérationnels liés à
ces plates-formes sont ainsi divisés par 100.
Vous comprenez mieux l’engouement des nouveaux
opérateurs pour la Voix sur IP.
TR
: Quand plusieurs opérateurs partagent la même
plate-forme en ASP, il faut que celle-ci ait été
développée de façon particulière.
Qu’en est-il du système de tarification
et de facturation associé ?
OH : Il
doit être particulièrement flexible en
effet. En recevant des rapports d’utilisation
d’une seule source, ce système de billing
doit être capable d’envoyer tous les tickets
de transactions vers les différents opérateurs
exploitants, lesquels auront des clients, des services
et des modes de tarification différents. Pour
ce type de déploiement particulier, la solution
Highdeal s’avère la plus souple, la plus
ouverte et la plus économique à mettre
en œuvre.

TR
: Mais les opérateurs ont déjà
leur système de facturation. Peuvent-ils y greffer
la solution Highdeal pour le développement de
nouveaux services ?
OH : C’est
possible et ils y ont intérêt. Dans la
mesure où une page web peut agréger plusieurs
factures en une seule en toute transparence pour l’utilisateur,
de plus en plus d’opérateurs seront tentés
par l’équation 1 service = 1 système
de facturation. Prolonger la vie des gros monstres propriétaires,
et développés en interne à partir
des systèmes de billing classiques devient de
plus en plus prohibitif. Ce qui était encore
possible dans un cadre concurrentiel restreint, ne l’est
plus dans le contexte actuel. Dépenser en billing
plus de 10 Euros par utilisateur pour un nouveau service,
cela devient inacceptable. À l’inverse,
les systèmes de billing verticaux, packagés
pour un segment particulier, le prépayé
par exemple, ne parviendront pas à constituer
une alternative. Même s’ils sont économiquement
compétitifs, ils ne parviendront pas à
être partageables entre des opérateurs
ayant des approches différentes de leurs services.
TR
: Comment s’effectue la mise en œuvre de
la solution Highdeal dans le cadre de ces systèmes
partagés multi-opérateurs?
OH : L’opérateur
qui a acheté sa plate-forme va créer une
offre d’exploitation du service à ses clients.
Il facture aux city-nets de Lyon, de Paris ou de Marseille
un certain nombre de fractions d’utilisation du
softswitch à la minute. Chaque city-net client
va ajouter ce montant d’une part à l’abonnement
à son réseau privé virtuel et d’autre
part au prix de l’appel lui-même qu’il
a défini avec ses clients.
TR
: Quelles sont les perspectives de développement
pour ce marché Voix sur IP ?
OH : La
phase d’expansion est déjà lancée
à l’échelle de l’Europe qui
constitue le plus fort potentiel de développement.
En France, les derniers verrous qui portaient sur la
dérégulation des boucles locales sont
en train de sauter, comme cela s’est déjà
produit en Italie et en Espagne. L’ART a fait
baisser les tarifs de dégroupage niveau cuivre,
tandis qu’en parallèle se poursuit un important
mouvement législatif pour autoriser les collectivités
locales à opérer sur leur propre réseau.
Du reste, ces dernières ont déjà
trouvé les contournements nécessaires
pour engager leurs projets.
TR
: Quelle sera la part des nouveaux opérateurs
sur ce marché ?
OH : Nous
estimons qu’il y aura jusqu’à 50
city-nets par pays. Ce qui pourrait générer
une dizaine de plates-formes partagées en mode
ASP. Quant à leur poids sur le marché,
sans avoir de données chiffrées, la virulence
dont ils font preuve à l’heure actuelle
laisse présager qu’il sera important. Il
faut savoir qu’un opérateur comme Fastweb
en Italie à pris près de 250.000 clients
à Télécom Italia en un peu plus
d’un an, et prend actuellement 1000 nouveaux abonnées
par jour, attirés par son offre « Triple
Play » encore sans équivalent en Italie.

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